Un fait peut ne pas être violent en lui même. Mais sa répétition usante, incessante, son entêtement à exister cela peut être violent.


25 auteurs invités à un salon du livre,

13 autrices invitées à ce même salon. 

Le fait en lui-même ne me met pas en danger, n’est pas catastrophique, loin s’en faut. Mais quand ce fait revient obstinément dans la vie, que l’on s’y retrouve confronté sans le vouloir, qu’il est bien présent… alors cette violence qui ne dit pas son nom, cette violence silencieuse, acceptée, propre sur elle,  est là, bien réelle.

Alors que dois je faire ? Me taire ? Qui ne dit rien consent. Je ne peux relever chaque fois le fait, mais je ne peux pas me taire.
En parlant, quelque soit ma façon de souligner le problème, je vais être perçue comme violente, puisque dérangeante. La violence du fait va être gentiment balayé d’un revers de main, mais la violence, même mesurée, de mes propos va être retenue.
Sachant cela, puisque l’ayant vécu pas mal de fois, que dois-je faire ? Me taire ? Je ne sais pas le faire. Parler ? Au risque de n’être pas entendue ? Car déranger c’est quelque part être inaudible… Le propos est parasité par les émotions de part et d’autre : la colère, la culpabilité, la honte, la rancœur… Malgré cela, oui, je vais parler. Je ne peux consentir à cette violence invisible, quotidienne, acceptée, propre sur elle.
Certains me percevront comme une féministe acharnée, comme quelqu’une qui exagère, grossit les faits. Pourquoi pas … mais le fait est que si vous comptez la présence des femmes invitées dans certaines manifestations, la présence des chanteuses à la radio, le nombre de femmes a une table ronde, la représentation des femmes ici ou là… si vous portez votre attention sur ce sujet… vous percevrez alors, peut être, cette violence silencieuse, cette violence usante, entêtante…
J’assume ma violence par rapport au monde, ma non-soumission, ma brutalité, mon mordant. Cela fait partie de moi. Je ne sais pas faire face autrement à la brutalité de certains faits qui s’entêtent alors qu’il serait si facile de les changer pour le mieux de toutes et tous. Face à cela on oublie facilement ma douceur, ma compréhension, ma tendresse, mon accueil, ma générosité.
Mais que ma violence ne fasse pas oublier la violence des faits.